07 juillet 2013

Mes spontanéités (18)

Le sommeil fut pesant comme les soleils gigantesques et rouges

mais le néant transitoire a fini par se calciner auprès de mon jour

et je pourrai désormais rattraper sans effort le temps dissout.

 

Le souffle du vide et des paroles fait perdre l'équilibre

à l'esprit qui commençait à évoluer avec la sérénité

d'un découvreur sur la voie royale des probabilités esthétiques.

 

Au moment où nous mourrons tous s'élèvera une douce musique

qui bercera l'agonie de la nature des animaux innocents

et les images rampantes de la vie caduque tomberont dans des ravines.

 

C'est comme des mains dématérialisées qui me poussent

sur ce chemin luminescent dans lequel j'hésitais à m'engager

parce que je craignais de perdre à jamais mes diamants dérisoires.

 

Le décor moderne enfin s'est fendu en deux et laisse entrevoir

l'image d'un passé sale et pauvre dont les toitures fragiles

s'écrasent sur des êtres rabougris par la faim et l'espoir.

 

Je voyais les flots de sang des possibilités de moi-même

se répandre et combler les trous du panorama en devenir

mais je restais sagement à ma place à thésauriser mes éruptions mystiques.

 

J'aurais voulu que la vie intime se renouvelle plus tôt

car les inquiétudes palpables et hideusement personnifiées

montraient leurs crocs avides de haineuse anthropophagie.

 

On finit par se rendre compte que cette nuit si obscure

contient en son centre une parcelle de lumière paisible

dont la circonférence s'amplifie au gré de ma fantaisie.

 

L'horreur s'était levée bien tôt dans ce paysage de pierres

où les animaux immondes et irréels pataugeaient dans la boue

mais je traçais déjà à cette époque les contours du futur.

 

Il y a eu une époque où comme un aveugle titubant et ivre

j'entrais en décadence dans des lieux où la foule compacte

exhalait une odeur de gaîté communicative et écœurante.

 

De retour dans le giron des souvenirs pitoyables et nets

je me blottis et récite une sorte de prière obsessionnelle

qui m'assiste et apaise mes terreurs d'enfant poète.

 

J'ai senti le vent se tourner vers moi et me jeter à la figure

des mots que je n'étais pas encore capable d'articuler

et à ce moment-là mon amour pour la folie s'est précisé.

 

Tout tourne si vite devant moi en cette nuit ultime

dont la tiédeur invraisemblable caresse mon rêve comblé

de beautés novatrices ignorées encore à l'aurore.

 

Posté par Callahan à 20:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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