13 juin 2013

Mes spontanéités (14)

Je me heurtais à de nombreux obstacles mais le jour

à la lumière antalgique vint bousculer cette foule d'ombres

qui n'avait pour but que de me faire courber vaincu l'échine.

 

Je passais en aveugle à travers la matière organique

parce que je ne me doutais pas que j'étais le fantôme de moi-même

et que la poésie attendait impatiente l'apothéose de son retour.

 

Je n'ai jamais cru bien longtemps à la chute de l'idéal

ni à l'effritement à la sénescence des lunes errantes

parce que près de ma vie avait éclos mon rythme intime.

 

Enfant je jouais à courir de plus en plus vite et de plus en plus loin

dans les rues anciennes vidées de toute substance humaine

et les joues rougies de santé j'étais sans cesse victorieux.

 

Une bouche cannibale s'est ouverte qui a laissé s'échapper

un rire d'une stupidité si confondante qu'on aurait pu croire

que dans sa haine inintelligible il voulait m'ingérer.

 

Le corps secoué par une affreuse nausée je me plie en deux

et à ce moment-là c'est dans les miroirs déformés adhérant au sol

que je vois mon visage barré d'un rictus saignant tel une plaie.

 

À la lisière de ma vaste ébriété et de ma frénésie heureuse

réveillé par un songe brouillon qui pourrait vouloir me nuire

je sens mon corps stupéfié se vider de toute matière néfaste.

 

Dans mon dos grossit la plainte de l'humanité navrante

qui dans sa folie stupide tente de me poursuivre

mais je ne me retourne plus pour ridiculiser son existence.

 

Par bonheur je peux voir les couleurs exsuder de mon corps

et m'entendre articuler le langage innovant que je croyais avoir perdu

dans la fiction effrayante d'un dédale construit de toutes pièces.

 

Désormais je pourrai me reconnaître dans la douceur de l'aube

et dans le solstice de ma littérature encore embryonnaire

qui viendra sans tarder décrocher mon astre suspendu.

 

Le mensonge de la belle aurore ne peut plus faire de doute

car je suis déjà loin de ce qui infâme tient lieu de réalité

dans un paysage aride où s'éteindra le genre humain.

 

Les grimaces s'étirent et des voix larmoyantes se lèvent

dans le but bien arrêté de m'infliger ces tortures insoutenables

qui n'ont d'autre effet sur moi que de me faire sourire.

 

On entend un drôle de chuintement dans cette vaste salle

où seul parmi vous je ressasse de vieilles rengaines négligeables

avec ce dégoût serein que je cultive dans ma vision.

 

Posté par Callahan à 22:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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